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La fois où je pensais pouvoir conquérir le monde, prise 872

 

 

Le mois de juillet tire à sa fin. L’été est presque terminé (ça, c’est l’équivalent de dire que le verre est à moitié vide), pis Il reste 28 dodos avant la rentrée des classes.

 

Ça va faire près d'un an que je suis entrepreneure, que ma business me gruge chaque seconde libre, chaque moment calme. Ça va faire un an qu’à la place de lire le soir avant de me coucher, je scroll Facebook, Instagram et LinkedIn pour apprendre des autres femmes entrepreneures. Ça va faire un an que j’ai trouvé ma raison d’être.

 

Pis tu sais pourquoi c’est important à ce point-là de me donner corps et âme dans MA business? Parce que ça valorise la femme en moi.

 

Pas l’épouse. Pas la mère. Pas l’amie. Pas la fille de.

 

LA FEMME.

 

Moi.

 

On me dit que j’suis bonne. J’ai du succès. J’excelle dans mon métier et j’en suis si passionnée que je beurrerais mes toasts avec le matin si c’était possible. J'pense avoir réussi, pis tout ça, en 10 mois.

 

MAIS.

 

L'ossetie de MAIS.

 

Lorsque j’ai arrêté de travailler full time en septembre dernier, c’était pour prendre soin de moi, de mes enfants, de ma famille. C’était pour être présente à la maison le matin, le midi, le soir. C’était pour arrêter de faire des burnouts, des dépressions, de l’anxiété. C’était pour avoir du temps.

 

Tsé…

 

DU TEMPS.

 

Pis dans ma tête de fille qui n’savait pas comment c’était prenant une business, je pensais être capable de gérer quelques petits contrats à droite pis à gauche, question de ramasser un peu de sous pis de ne pas perdre la main. Cette main si forte d’expérience, cette main qui si pouvait parler, te raconterait que de tous les claviers sur lesquelles elle a tapé, celui de sa maison est son préféré à vie.

Cette main pourrait aussi te raconter qu’elle adore se glisser dans les cheveux frisés de ses deux kids. Mais que depuis un an, elle est tiraillée en calvaire devant flatter les cheveux de ses enfants ou flatter son clavier de laptop.

Pis là, la fin des classes arriva en juin. On avait prévu prendre un mois de vacances en famille. Un mois de temps off. Un mois, juste nous quatre. Mais des circonstances hors de notre contrôle font que nos vacances en famille sont inexistantes cette année. Fak, mon horaire crisse le camp. En général. J’arrive à travailler le soir sans me faire déranger, mais en bonne humaine que je suis, le soir, bein… j’suis brûlée.

 

Tu vas me dire que j’suis jamais contente.

 

Peut-être.

 

Peut-être aussi que je cherche juste un bonheur équilibré pis ultime. C’est possible ça, tu penses ?

 

Y est 18 h 27.

 

J’écris ces mots en regardant la nounou faire du vélo avec les kids devant la maison. Je culpabilise tellement. Mais j’ai besoin de temps, pour moi.

 

J’avais préparé un beau souper, j’ai servi les enfants, la nounou pis comme je mettais ma 2e cuillerée de riz dans l’assiette, mon téléphone sonna. J’aurais pu ignorer l’appel, mais c’était un de mes clients. Pis fouille-moi pourquoi je l’ai pris. Quand l’appel s’est terminé, tout le monde avait fini de manger. Fak, j’me suis fait une assiette pis je suis venue bouffer devant mon ordi, pendant que les autres font du vélo devant la maison.

Le pire, c’est la culpabilité.

 

Heille, j’dois pas être la seule mère - entrepreneure ou pas - qui culpabilise, hein ? Dites-moi que j’suis pas la seule !​ J’ai l’impression que ma business est souvent plus importante que mes enfants. Que ma valorisation de FEMME entrepreneure est plus importante que celle d’être maman.

 

OUCH. Ça frappe din' dents.

 

 

 

C’est peut-être juste la fatigue qui parle aussi. Je garde le fort pas mal seule depuis avril… ça commence à être lourd.

 

Comment fait-on pour être partout en même temps ?

 

Y a qqun qui m’a dit au début de juillet : « Tu voulais être maman à la maison pis tu voulais être entrepreneure. Clairement, tu n’peux pas faire les deux. Faudrait que tu choisisses. »

 

 

Ça ou recevoir un truck en pleine face...

 

Pis, pourquoi je n’pourrais pas ?! Heille, chu forte, moi. J’peux conquérir le monde, moi. Je l’ai déjà vaincue à 871 autres reprises. C’pas cette fois-ci que j’vais me laisser passer sur le corps par le temps qui manque dans une journée. 

 

En attendant, les demandes arrivent de partout, je trippe solide avec mes clients/es actuels/les et quand je décide de prendre un/e nouveau/lle client/e, c’est parce qu’il y a un déclic intense et passionnel. Na-non, c'est vrai!! On dirait que quand on s’ouvre à de belles personnes, elles entrent automatiquement dans notre vibe aussi. Pourquoi fermerais-je la porte à de si cool partenariats qui me font grandir comme entrepreneure ?! 

 

Ah oui ! Le manque de temps…

Donc, ce que je disais, c’est que la moitié de l’été est terminé. Pis j’ai l’impression sauvage d’être pognée entre l’arbre et l’écorce sans vraiment savoir comment m’en sortir. Ai-je le droit de tout fermer pis de partir loin loin avec mes enfants ?!

 

Puis-je m’accorder ce moment, tu penses ?

 

Ma plus grande crainte est qu’on m’oublie. Que mes clients/es se disent « Check la fainéante qui prend du temps off ! » Quand dans le fond, mes clients/es sont tellement cool que je le SAIS que jamais personne ne penserait ça. C’est peut-être un problème dans ma tête de fille trop intense qui ne sait plus comment gérer son été de momentrepreneure, mais là, la maman que je suis depuis 6 ans demande du temps off. J’me dis que la culpabilité peut bein aller se rhabiller. Parce que moi, j’vais être capable de gérer ça du temps off. 

 

Ne m'en voulez pas, ok?! J'suis encore là. Juste un ti-peu moins présente que d'habitude.

 

Conquérir le monde, une journée à la fois, depuis 37 ans.

 

Advienne que pourra.

 

 

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